L’atelier dirigé d’écriture

La production d’écrit est souvent difficile à mettre en place au CP ou au CE1, entre les élèves qui bloquent, ceux qui appellent la maitresse toutes les 5 minutes, ceux qui n’écrivent rien tous seuls ou ceux dont on ne déchiffre pas un mot sur deux…  Voici un dispositif que j’ai découvert il y a quelques années, qui m’a beaucoup aidée à aller mettre en oeuvre cet enseignement et que j’apprécie vraiment beaucoup : l’atelier dirigé d’écriture.  

Il a été théorisé par Dominique Bucheton et Yves Soulé, d’abord dans Ecrire en ZEP, puis dans le livre éponyme : L’atelier dirigé d’écriture au CP, et ensuite dans Pour refonder l’enseignement de l’écriture. Ces auteurs l’ont expérimenté et analysé surtout au CP, mais il me semble très intéressant durant tout le cycle 2.

 

Il s’agit en fait de prendre un petit groupe d’élèves afin de les aider au plus près de leurs besoins. Pour cela, le petit groupe est hétérogène. La consigne est la même pour tous (raconter la suite de, inventer une histoire autour d’une image, d’un thème…) mais chaque enfant produit son écrit. La planification du texte (trouver des idées, faire des phrases…) se fait à l’oral. Puis, chacun écrit son texte. Lorsqu’un enfant rencontre un problème, il est posé au groupe, on échange sur les procédures, les outils à utiliser. On crée ainsi une atmosphère d’entraide et de bienveillance, et chaque enfant profite de ces échanges.

L’enseignant étaye aussi, en essayant d’être toujours dans la bonne distance pour faire progresser chaque élève. Il peut aussi observer de près ce que les élèves sont capables de faire. Il s’agit d’une forme de pédagogie différenciée par la différenciation en direct de l’étayage. Par exemple, certains enfants écriront un texte moins long, auront besoin d’aide pour encoder les mots ; d’autres auront besoin d’aide pour la segmentation en phrases, pour la ponctuation ; d’autres auront besoin d’améliorer la cohérence textuelle, d’ajouter des connecteurs…

A la fin, une phase très importante consiste à faire lire par chacun son écrit. A ce moment, j’aime utiliser la démarche VIP de Mireille Brigaudiot : Valoriser ce qui a été écrit, Interpréter les intentions de l’auteur débutant, Poser l’écart avec ce qui pourrait être attendu et les critères de réussite. C’est un moment de lecture important, d’encouragements réciproques. Je me souviens du jour où une petite élève nouvellement arrivée en France a pu lire sa phrase pour la première fois, d’une voix tellement ténue qu’elle était à peine audible, et où elle a été applaudie spontanément par tous les autres enfants du groupe, tant ils avaient admiré ses progrès.

Pour toutes ces raisons, je trouve ce dispositif vraiment intéressant. Bien sûr, il reste une difficulté, et de taille : il faut que les autres élèves soient en autonomie durant ce temps. Dans ma classe, ils avaient une activité d’entrainement et finissaient ensuite dans mes coins ateliers. L’atelier nécessite donc un double pilotage : celui du petit groupe et celui du reste des élèves. Dominique Bucheton propose de faire passer chaque groupe toutes les deux semaines : si on fait 4 groupes dans la classe, on fait passer 2 groupes par semaine. Pour être plus rapide, on installe vite des routines qui rendent ces moments plus efficaces : présentation dans le cahier d’écrivain, mise en groupe dans le même espace de la classe… C’est vrai que ça prend du temps, mais c’est du temps réellement efficace : une étude faite entre deux classes de CP montre que les élèves pratiquant de manière régulière un atelier d’écriture (une petite phrase ou deux puis un petit texte en fin d’année) progressent davantage que la classe voisine où cette pratique n’est pas mise en place, en écriture, en lecture mais aussi en maitrise de l’orthographe, car tous les problèmes de rapport à la norme sont évoqués et les élèves s’habituent au questionnement orthographique.

Voilà, si vous souhaitez vous lancer, j’ai repris dans un document la démarche, les objectifs et les liens avec le programme :

 

Si vous voulez voir les leçons que je mettais en place dans ces ateliers et toute ma démarche en production d’écrits, c’est par ici :

Voilà, c’est une aventure un peu compliquée, soyons honnête, mais dans laquelle il est vraiment passionnant de se lancer, car on se sent progresser avec les élèves. Alors, bonne aventure !

 

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5 thoughts on “L’atelier dirigé d’écriture

    1. Je pense oui… En tous cas sur des écrits courts, ça me parait tout à fait adaptable, et très intéressant. J’imagine par exemple, rédiger un portrait, décrire un paysage, écrire un dialogue… Il faudra certainement prévoir un temps de structuration des connaissances un peu plus construit, peut-être en classe entière. Si tu testes, n’oublie pas de venir ici nous dire !

      1. sans faute ! La production d’écrits est à la fois quelque chose que j’adore mais qui n’est jamais vraiment au point dans mes classes. C’est toujours en cours de réflexion

        1. C’est sur, ce sont des situations pédagogiques complexes et pour lesquelles il n’existe finalement pas vraiment de méthodes… alors on est en permanence en construction, et c’est passionnant !

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